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Monday 05 May 2014
Wednesday 28 May 2014
Monday 05 May 2014 à 20:15
galerie La Box
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Les séances de prise de vues de Gaëtan Gatien de Clérambault (Maroc, 1918-1919)

Cet événement est une des très rares expositions monographiques jamais organisées et consacrées exclusivement au travail photographique de Gaëtan Gatian de Clérambault. Il est réalisé avec la collaboration exceptionnelle du musée du quai Branly à Paris.
L’ambition de ce projet est de donner à réétudier une sélection des clichés originaux de Clérambault, « ses extraordinaires photos de femmes voilées » selon Gilles Deleuze, et de faire la part des choses entre la réputation posthume tantôt sulfureuse, tantôt hagiographique de Clérambault, réputation interlope à laquelle ces mêmes clichés auraient tant contribué.
L’exposition est issue des recherches et des travaux du séminaire En suivant les fils instauré à l’ENSA de Bourges en 2013.

Gaëtan Gatian de Clérambault (également prénommé Henri, Alfred, Édouard, Léon, Marie) est né à Bourges le 2 juillet 1872. Son père est inspecteur de l’enregistrement, c’est-à-dire un fonctionnaire, issu d’une famille tourangelle qui se réclame directement de René Descartes et, par alliance, de la famille d’Alfred de Musset. Pour sa part, sa mère est issue de la haute noblesse de l’époque, fille du Comte de Saint-Chamans, ancien gentilhomme de la chambre de Charles X. Ici encore c’est une question d’une illustre famille de province ; l’ascendance maternelle se revendiquant d’un rapport germain avec Alfred de Vigny1.

Il y a aujourd’hui un petit square arboré de tilleuls de Hollande taillés en rideau en centre ville de Bourges qui porte le nom de Gaëtan Gatian de Clérambault, situé à la fourche des rues Michelet et Bourbonnoux, non loin des vestiges du rempart gallo-romain et en contrebas de la cathédrale Saint-Étienne. La plaque urbaine du square se limite à identifier Clérambault comme psychiatre et photographe et à préciser les dates de sa naissance et de sa mort à l’âge encore jeune de 62 ans (1872-1934).

Cela étant le cas, Clérambault fut de son vivant considéré comme un Maître et un Seigneur2, un ponte et une sommité de la psychiatrie française moderne, avant de devenir une figure de légende. Du fait en partie des circonstances dramatiques de sa mort par suicide en 1934, cette légende s’est ensuite comme schématisée selon deux versants difficilement conciliables, l’un sulfureux et quelque peu diabolique d’un voyeur et d’un fétichiste supposé, l’autre angélique et maladroitement hagiographique. Un des objectifs de cette exposition est de chercher à faire la part des choses, notamment en ce qui concerne le corpus de photographies prises à Fès en 1918-1919, du moment que ce corpus, pour toujours inachevé, aurait contribué à l’articulation de l’un ou de l’autre des versants antagonistes de cette légende paradoxale.

En effet, Clérambault fut célèbre dès les années 1920 du fait de son enseignement clinique, comme du fait de ses nombreuses publications dans les revues scientifiques et de plus d’une centaine de communications devant les sociétés savantes de psychiatrie. Il fut surtout célèbre pour ses travaux de médecin-certificateur à l’Infirmerie spéciale Psychiatrique de la Préfecture de Police de Paris, où il rédige une œuvre ouverte, un rien gon-gorique, à la fois précieuse et précise, jour après jour, pendant presque quarante ans, de plus de treize mille certificats médico-légaux inédits, autant de diagnostics d’internement asilaire correspondant à autant de patients en crise (hallucinés ou psychotiques) que la police ramassait en ville et lui a amenés
tout au cours de sa carrière3.

Comme étalon de mesure de cette influence, Jacques Lacan, qui suivit l’enseignement de Clérambault et effectua son internat auprès de lui entre 1928 et 1929, écrira en 1946 que « De Clérambault fut mon seul maître dans l’observation des malades [...] » et encore en 1966, pour expliquer sa décision de se spécialiser en psychiatrie, « L’origine de cet intérêt tient [...] dans la trace de Clérambault, notre seul maître en psychiatrie »4.

Cela est le cas de l’évaluation historique des travaux du clinicien psychiatrique, mais la reconnaissance de son travail photographique sera, par contre, beaucoup plus marginale et tardive.Si Clérambault est, dans l’histoire de la psychiatrie française, reconnu comme un chef d’école 5, un clinicien exemplaire et génial (« le dernier et le plus brillant des classiques » 6), il faudra en effet attendre 1990 pour voir la première exposition publique à Paris de ses clichés verres pris au Maroc entre 1918 et 19197.  

Plus que dans les dédales de la psychiatrie, c’est dans la photographie que l’on perçoit Clérambault l’esthète visuel, l’ancien étudiant des Arts Décoratifs (1889-1890), le professeur d’Esthétique et du Drapé à l’École des Beaux-arts de Paris (1924-1926). C’est là que son lecteur devient son spectateur. Or cette dimension formellement iconographique de Clérambault, son travail d’ethnophotographie, mérite encore d’être étudié et davantage exploité.

En suivant les fils et les plis à partir de Clérambault, l’ambiguïté et l’étendue du sujet de cette exposition recouvre les champs de la médecine, de l’ethnographie, de l’Orientalisme et du colonialisme de l’époque, de l’iconographie artistique et le recours plastique aux plans et aux volumes de l’étoffe. Là se situent l’essentiel et l’ambition de ce projet :

 donner à voir et à réétudier les clichés originaux de Clérambault, « ses extraordinaires photos de femmes voilées » selon Gilles Deleuze 8, et de faire la part des choses entre la réputation posthume tantôt sulfureuse, tantôt hagiographique de Clérambault, réputation à laquelle ces mêmes clichés auraient tant contribué ;mener une réflexion dans le domaine des arts plastiques faisant valoir, à plus juste titre, un fonds iconographique unique (à l’instar de ceux d’autres cliniciens français de l’époque, comme Jean-Martin Charcot ou Étienne-Jules Marey, ayant également eu recours à la photographie), mais qui demeure aujourd’hui encore insuffisamment connu ou commenté ;ce faisant, réévaluer la fortune critique réservée à ce fonds depuis que le milieu psychiatrique et psychanalytique l’ont sauvegardé et restauré de l’oubli en 1990, contribuant par la même occasion, paradoxalement, à une certaine lecture interlope, voyeuriste et non méritée de cette iconographie, comme si l’on n’avait jamais ou depuis bien regardé ces photographies.

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Cette exposition réunit une centaine de quarante-sept tirages de Clérambault des années 1918-1919, ainsi q'une dizaine  de documents de sa collection, motivée par la conjugaison de plusieurs facteurs : une lecture du fonds, le sujet poursuivi par Clérambault et son protocole de travail. C’est-à-dire que :

la lecture du fonds est qu’il s’agit là d’un certain nombre de séances de prises de vues et d’une banque d’images destinée à l’étude et à l’examen ultérieurs du sujet ; il s’agit principalement de la documentation et de la poursuite, aux visées ethnographiques, d’un seul et unique sujet photographique : l’étude du port de l’étoffe et d’habits historiques et traditionnels (dont le haïk, le izar ou le mlahfa) ; à une époque où le recours à la cinématographie aurait pu être une possibilité technique viable (nous sommes en 1918), un protocole de travail qui consistait en :
    - le choix délibéré de la photographie et de la prise de vue fixes pour la décomposition du mouvement ;
    - étant donné le sujet du drapé, la pratique de plusieurs prises de vues en séquences, avec un effet pour ainsi dire cinématique, où il y a peu de vues seules ou isolées dans le cadre d’une séance donnée ;
    - le tirage et le retirage de certaines vues à des formats (petits comme grands) et à des valeurs différents, toujours pour les raisons de l’étude du sujet ;
    - le montage ensemble et de façon séquentielle par ses soins, sous le même passepartout, de certaines de ces vues, comme attesté par le fonds, encore pour les raisons de la démonstration et de l’examen du sujet.
L’une de très rares expositions monographiques consacrées exclusivement au travail photographique de Clérambault jamais organisées, cette exposition est réalisée avec la collaboration exceptionnelle du musée du quai Branly, Paris, où se conserve le seul ensemble connu des photographies de Gaëtan Gatian de Clérambault. La sélection de cette exposition reste fidèle à la réalité objective de cette archive, et très fidèle aux tirages de l'époque, aux formats et des montages originaux de Clérambault, afin de mieux faire valoir ce fonds comme autant de séances de pose et de prises de vues.

Pour ce faire, et sans prétendre à l’exhaustivité, l’exposition des clichés originaux de Clérambault s’articule et se développe en quatre parties. À savoir :
1.   documents divers, pour faire valoir que le fonds était une archive active de travail et de documentation, comportant des tirages outre ceux de Clérambault (cartes postales des pleurants dijonnais, scènes d’harem perses, etc.) ;
2.   sujets masculins (extérieurs et intérieurs), pour bien établir que le modèle féminin n’était pas le seul sujet, exclusif, des séances de pose ;
3.   sujets féminins (extérieurs et intérieurs), du fait que le sujet féminin est quand même le plus fréquent représenté dans le fonds ;
4.   scènes extérieures, du moment que les séances en intérieur ne sont pas les seules scènes photographiées, et du fait que dans les scènes extérieures il ne s’agit plus pour Clérambault de séances maitrisées de pose, à proprement parler.

Antonio Guzmán

1 Cf., entre autres titres : Élisabeth Renard, Le Docteur Gaëtan Gatien de Clérambault, sa vie et son œuvre (1942)
2 Cf., parmi d’autres éloges de ses contemporains, la préface de Paul Guiraud in Gaëtan Gatian de Clérambault, Œuvres Psychiatriques
3 Cf., entre autres textes : Yves Edel, postface in Gaëtan Gatien de Clérambault, Passion érotique des étoffes chez la femme (réédition, 2002)
4 Jacques Lacan, Propos sur la casualité psychique et Nos antécédents in Écrits, respectivement pp. 151-196 et p. 65 ; cf. également Clérambault maître de Lacan
5 Cf. la nécrologie de Georges Heuyer, citée par Alain Rubens in Le maître des insensés, p. 289
6 Cf. Paul Bercherie, Les fondements de la clinique – Histoire et structure du savoir psychiatrique, p. 251
7 Exposition à la galerie de la Bibliothèque Publique d’Information du Centre Georges Pompidou du 20/02 au 04/06/1990
8 Gilles Deleuze, Le Pli, Leibniz et le baroque, p. 53 et sq.
Remerciements : cette exposition a été réalisée grâce au suivi attentif et efficace de Carine Peltier-Caroff, responsable de l’Iconothèque, de Christine Barthe, 
responsable de l’Unité Patrimoniale des collections - Photographies, Hélène Maigret-Philippe, responsable du pôle des prêts, dépôts et acquisitions, musée du quai Branly
Avec le soutien du Ministère de la Culture et de la Communication, de la Direction régionale des Affaires culturelles du Centre, du Conseil régional du Centre et de la Communauté d’agglomération Bourges Plus

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