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vendredi 13 mai 2016
samedi 11 juin 2016
jeudi 12 mai 2016 à 20:00

 
Valérie Belin, Hannah Collins, Stéphane Couturier, Alicja Dobrucka, Hans Haacke, Corinne Mercadier, Nicholas Nixon, Anne et Patrick Poirier, Patrick Tosani

Commissariat : Antonio Guzmàn

Valérie Belin, Sans titre, série Mariées marocaines (00100201), 161 x 125 cm, tirage argentique, 2000 Courtesy Valérie Belin et galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles

La tisserande des nuits

photographies 1

Exposition issue des travaux du séminaire La Tisserande des nuits, en suivant les fils et les plis (Ensa, années universitaires 2013/2016) réalisée avec la collaboration des artistes et des galeries Éric Dupont, Paris ; Les Filles du Calvaire, Paris ; la Galerie Particulière, Paris ; Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles ; la galerie Fraenkel, San Francisco ; le FRAC Bretagne ; le FRAC Nord-Pas de Calais

Jeudi 12 mai 2016

  • 16h : table ronde à l'amphithéâtre de l'Ensa en présence d'Alicja Dobrucka, Corinne Mercadier, Stéphane Couturier et Antonio Guzmàn
  • 18h : vernissage à La Box

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Daniel Boudinet

Daniel Boudinet, Polaroïd, 1979, Frontispice de La Chambre claire de Roland Barthes,
1980, hors texte, sans pagination

Avant-propos

La tisserande des nuits est l’intitulé donné à la première partie des Mille et une nuits.
C’est dire que dans ce projet il sera question d’images, de récits et du langage, comme dans le recueil perse de contes nocturnes entrecroisés que Schéhérazade raconta au sultan Shahryar.

Quatre repères d’un rapport au monde

  • Allégoriques, mythologiques ou corroborées, les histoires de l’art et du tissage sont entrelacées. En Occident, dans l’Antiquité, ce maillage relève déjà pour Pline l’Ancien de l’histoire naturelle du monde, lorsqu’il relate le fameux concours de peinture entre Zeuxis et Parrhasios, aux alentours de la 95e olympiade, où il est question de ne pas pouvoir retirer un rideau pour faire voir un tableau, dans la réitération d’un récit où le dévoilement n’est pas possible car le voile est le sujet du tableau. [1]
  • À son tour, vers 1470, Léonard de Vinci forme le projet, jamais achevé, d’un Trattato de la peinture où le fécond thème du drapé et la riche diversité de ses propriétés plastiques sont mis en avant, et où l’étude de la nature matérielle des plis des draperies et des étoffes (du drap fin ou grossier, de la soie, du lin ou du crêpe) fera partie intégrante de l’activité et de l’atelier du peintre. [2]
  • Vers 1826, Nicéphore Niepce réalise l’héliographie – aujourd’hui perdue – connue sous le titre de La Table servie, une nature morte sur une table nappée, considérée comme la première prise de vue photographique. [3] En 1844, William Henry Fox Talbot publie The Pencil of Nature, le premier livre édité avec des illustrations photographiques. Il décrit l’invention et les techniques d’un new art, et il déploie également les termes d’un nouveau rapport de l’art à la nature. Des vingt-quatre illustrations que comporte cette publication (études d’architecture, paysages, natures mortes, scènes diverses), la plaque n°20 est le détail agrandi d’une bordure de dentelle dont les fils et entrelacs sont la démonstration du processus de passage à une image positive à partir d’une image négative. [4]
  • En son temps, Roland Barthes a débuté La Chambre claire avec la seule illustration en couleur de son livre, le monotype d’un Polaroïd de Daniel Boudinet, bleu-vert sombre, une vue en contrejour d’une fenêtre aux rideaux tirés d’une pièce dans la pénombre. Ce faisant, il a tout renversé dans son roman posthume de la photographie, en faisant d’une camera obscura une camera lucida, d’une chambre noire une chambre claire. C’est là qu’il affirme la photographie comme « un objet anthropologiquement nouveau ». [5]

Deux constats

  • L’actualité des grandes expositions, en France comme à l’étranger, permet de déceler la persistance du textile comme sujet, matériau, médium ou métaphore dans le domaine des arts plastiques. [6] Ce faisant, qu'elles soient moins spectaculaires ou extensives, monographiques ou collectives, dans des institutions ou en galerie, elles réitèrent l’actualité du recours fructueux et diversifié au textile par les artistes contemporains. [7] Sans aller au point de la considérer comme une résurgence ou un retour au textile, cette pratique actuelle du textile dépasse largement les frontières de l’artisanat et celles, quelque peu restreintes, de ce qui serait communément défini comme l’art textile ou fiber art.
  • Si le recours des artistes vivants de premier plan aux possibilités du textile, dont témoignent ces grandes expositions, n’est pas à établir, il y a encore une étude à faire du recours à l’étoffe dans la photographie contemporaine. La tisserande des nuits – photographies 1 est une première ébauche de cette étude.

La trame de l’exposition

[...] étymologiquement, « texte » veut dire « tissu ».
Roland Barthes, Théorie du texte, 1974 [8]

Dans la langue spéciale des artistes, on appelle draperie toute étoffe ou toute partie d’étoffe dont la souplesse naturelle et le libre mouvement produisent un ensemble de plis.
Léon Heuzy, Histoire du costume antique, d’après des études sur le modèle vivant, 1922 [9]

Le récit de l’exposition est tramé dans l’air du temps, à travers dix artistes, quatorze photographies, et une installation.
Les artistes sont français et étrangers, appartenant à trois générations différentes. Les uns sont célèbres mais pas dans une démarche photographique (Anne et Patrick Poirier, Hans Haacke), les autres sont primés et confirmés comme photographes (Valérie Belin, Hannah Collins, Stéphane Couturier, Corinne Mercadier, Nicholas Nixon). Une artiste jeune et encore émergeante (Alicja Dobrucka) expose ici pour la première fois en France.
Les photographies sont des scènes et des documents, en couleur et en noir et blanc, numériques et argentiques, en moyens ou grands formats.
Formellement et thématiquement, les œuvres reprennent, se retournent et relayent le récit de l’exposition, sans l’épuiser. Comme Schéhérazade et ses contes nocturnes entrecroisés, dont elle n’est que la première narratrice, et peut-être la dernière, qui dresse le métier, établit le cadre et la structure de la spirale narrative ; le premier conte introduit avant sa fin un personnage qui devient le nouveau narrateur du conte suivant, et ainsi de suite, en abyme, des contes dans des contes pendant mille et une nuits.

[...] le tissage n’est pas une métaphore du langage, c’en est l’étoffe même.
Charles Melman [10]

  1. Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XXXV, 36, 2 et 5
  2. André Chastel (textes traduits et présentés par), Léonard de Vinci, Traité de la peinture, éditions Berger Levrault, Paris, 1987, pp. 306-308
  3. Roland Barthes, La Chambre claire, Note sur la photographie, Cahiers du cinéma, Gallimard, Seuil, Paris, 1980, p.
  4. Longman, Brown, Green and Longmans, Londres, 1844
  5. « C’est l'avènement de la Photographie - et non, comme on l’a dit, celui du cinéma, qui partage l’histoire du monde.», in La Chambre claire, p. 136
  6. Cf. quatre récentes grandes expositions, thématiques et collectives : Décor & Installations, galerie des Gobelins, Paris, et galerie de Beauvais, 18 octobre 2011 – 15 avril 2012 ; Décorum, tapis et tapisseries d’artistes, Musée d’art moderne, Paris, 11 octobre 2013 – 9 février 2014 ; Art & textiles, Fabric as Material and Concept in Modern Art from Klimt to the Present, Kunstmuseum, Wolfsburg, 12 octobre 2013 – 2 mars 2014 et Staatsgalerie, Stuttgart, 21 mars 2014 – 22 juin 2014 ; Drôles de trames, Le Fresnoy, studio national des arts contemporains, Tourcoing, 4 mars – 8 mai 2016
  7.  Cf de récentes et grandes expositions monographiques : Christian Boltanski, Personnes, Monumenta 2010, grande nef, Grand Palais, Paris, 13 janvier - 21 février 2010 ; Anish Kapoor, Léviathan, Monumenta 2011, grand nef, Grand Palais, Paris, 11 Mai 2011 - 23 Juin 2011 ; Franz Erhard Walther, Le Corps décide, WIELS Centre d’Art Contemporain, Bruxelles, 21 février – 11 mai 2014 et CAPC musée d'art contemporain de Bordeaux, 13 novembre 2014 – 8 mars 2015 ; Richard Tuttle, I Don’t Know. The Weave of Textile Language, Turbine Hall, Tate Modern, Londres, 14 octobre 2014 – 6 avril 2015
  8.  Roland Barthes, « TEXTE, THÉORIE DU », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 septembre 2015. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/theorie-du-texte/
  9. Léon Heuzey, Histoire du costume antique, d’après des études sur le modèle vivant, avec une préface d’Edmond Pottier, Librairie Ancienne Honoré Champion, Paris, 1922, p. 1
  10. Charles Melman, Lacan et les anciens : trois leçons : Le métier de Zeus, Phédon, De l'âme, Harmattan, Paris, 2008, p. 31 

Exposition issue des travaux du séminaire La Tisserande des nuits, en suivant les fils et les plis conduit par Antonio Guzmán (ENSA de Bourges, années universitaires 2013-2016)
réalisée avec la collaboration des artistes et des galeries Eric Dupont, Les Filles du Calvaire, la Galerie Particulière, Paris, Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles, Fraenkel Gallery, San Francisco, le FRAC Bretagne, le FRAC Nord-Pas de Calais

Alicja Dobruka

Alicja Dobruka, Other homes have works of art. Yours is one,
122 cm x 152 cm, série Life is on a New High, Mumbai, 2013-2015, Courtesy Alicja Dobrucka, Londres

 

RadioRadio

Une radio temporaire de création fabriquée par des étudiant(e)s de l’Ensa Bourges
en FM : 105.1 à Bourges
et sur le web

Atelier sonore d’esthétique

Créé en 2005, l’Atelier sonore d’esthétique, est un séminaire de recherche esthétique en création sonore expérimentale — site web

Arts et créations sonores

Post-diplôme en partenariat avec le Conservatoire de musique et de danse de Bourges — d'électroacoustique — site web

dsra
document & art contemporain

3e cycle — avec l'ÉESI Poitiers-Angoulême — site web